Quand l'école maternelle est-elle passée d'un "faute de mieux" à "facteur de réussite"?

Vous avez dû la croiser aussi, cette campagne tourne beaucoup sur les réseaux sociaux et elle fait grand bruit, tant du côté des parents que du corps enseignant:

Campagne pour l'école à 2 ans

Je ne vais pas étaler ici mon point de vue sur la question, il serait bien trop partial, sans grand intérêt et ,de fait, je suppose que vous  devinez plus ou moins mon avis sur ce sujet...
Je passerai rapidement sur les places promises (mais pas partout), sur les enseignants spécialisés dans la petite enfance (nous sommes donc d'accord qu'a priori ce n'est pas fait pour eux), sur les rythmes à adapter (voir remarque précédente)...
À peine relèverai-je que l'accent est mis sur les chance de réussite  accrues (serait-ce sous-entendre que la famille est nocive pour l'enfant?) et sur la socialisation (nous élevons nos enfants dans des placards et ne les en sortons qu'aux heures de cours, c'est bien connu).
En revanche, j'aimerais partager quelques extraits de ceci (les phrases en évidence le sont par mes soins) :

Trois Conférences Pédagogiques faites aux institutrices de Paris Eugène Cuissart Paris, 1894


Les salles d’asile d’autrefois sont devenues des écoles maternelles. Salles d’asile, cela voulait dire des refuges, des établissements de charité destinés à recueillir des enfants pauvres, à les soustraire aux dangers de la rue, à recevoir des enfants dont les parents, pour pourvoir aux besoins de l’existence, quittent leur habitation le matin, pour n’y rentrer que le soir. C’étaient des asiles où les enfants étaient gardés en sûreté. C’était une belle institution qui, sous une dénomination modeste, abritait une œuvre philanthropique qui a été chère à plus d’un noble cœur. Les salles d’asile ont eu pour protecteurs des âmes d’élite, des institutrices de mérite et de haute valeur. Nous professons un grand respect pour l’institution, et nous honorons la mémoire de toutes les personnes qui ont contribué à son développement et à son succès.
 [...]
Quand le refuge a été créé, quand il a eu donné asile à des centaines d’enfants, il a fallu occuper la petite population qui y affluait ; il a fallu fournir un aliment à son immense besoin d’activité ; il a fallu inventer des exercices de nature à faire passer le temps aussi agréablement que possible, et, en outre, faire tourner tout cela au profit du développement moral, intellectuel et physique, des enfants. C’est alors qu’on a eu la pensée de considérer la salle d’asile comme une préparation à l’école, comme le vestibule de l’école.

[...]
Dans la petite école, dans celle qui nous occupe, il y a, il doit y avoir l’éducation et l’instruction à la manière des mères. De là son nom d’école maternelle. Si nous prenons la mère institutrice dans sa famille, chez elle, nous la voyons laisser son enfant s’agiter, se remuer, babiller. Elle a ses courts moments de leçons pour la lecture, pour la récitation, pour le calcul oral ; loin de s’opposer aux questions, aux demandes, aux recherches de son enfant, elle le suit et provoque parfois son observation, son attention. Ses leçons, dans lesquelles, tout est matière à enseignement, viennent à propos de tout ; ce sont des exhibitions de jeux, d’objets, ce sont des contes, des récits, des histoires. La mère est préoccupée d’une chose, de la santé de son enfant, de son développement physique, de son épanouissement aux choses de la vie; elle s’ingénie pour que tout cela s’accomplisse gaiement, sous sa direction et sous son autorité, mais une autorité tempérée par une fermeté qui n’exclut ni la bonne humeur ni la franche gaieté. La famille, c’est là l’idéal de l’école maternelle. L’école maternelle doit donc chercher à s’en approcher le plus qu’elle peut. L’idéal serait, sans doute, qu’une institutrice n’eût à la fois, comme la mère dans la famille, qu’un, deux, trois ou quatre enfants jeunes à élever. Il est impossible à réaliser.

Quand le refuge a été créé, quand il a eu donné asile à des centaines d’enfants, il a fallu occuper la petite population qui y affluait ; il a fallu fournir un aliment à son immense besoin d’activité ; il a fallu inventer des exercices de nature à faire passer le temps aussi agréablement que possible, et, en outre, faire tourner tout cela au profit du développement moral, intellectuel et physique, des enfants. C’est alors qu’on a eu la pensée de considérer la salle d’asile comme une préparation à l’école, comme le vestibule de l’école.

[...]
L'ensemble des conférences (passionnantes) est à découvrir sur: http://manuelsanciens.blogspot.fr/2012/11/e-cuissart-conferences-pedagogiques.html

Il me semble que quelque chose s'est perverti en cours de route.
Ou alors il y a une subtilité qui m'échappe.

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