Pédagogie : les leçons les plus courtes sont les meilleures (selon Charlotte Mason)


Si vous vous êtes déjà renseigné la pédagogie Charlotte Mason, vous savez qu'il y a une info qui revient constamment: les leçons sont courtes! Je les ai moi-même évoquée à plusieurs reprises, mais j'aimerais y revenir plus en détails. Parce que les infos précises sont difficiles à dénicher: courtes tout le temps pareil? Pour tout le monde? Dans toutes les situations d'apprentissages? Pour toutes les matières? A tous les âges? Ce n'est pas toujours très clair, n'est-ce pas? Aujourd'hui, nous allons essayer de comprendre ce qu'elle entendait par là, et pour cela nous allons nous pencher sur deux de mes ressources principales: les écrits de Miss Mason en personne, et Ambleside Online.


Les leçons courtes selon Charlotte Mason
Tout d'abord, tâchons de comprendre d'où vient cette histoire de 20mn: c'est Mason elle-même qui les évoque dans son premier volume Home Education
  • --> "the lessons are short, seldom more than twenty minutes in length for children under eight" (les leçons sont courtes, rarement plus de vingt minutes pour les enfants de moins de 8 ans)
Je mets en gras le passage qui nous intéresse: c'est déjà un élément de précision qu'on ne retrouve pas partout! Mais ce n'est pas tout, on apprend que les leçons de lecture sont plus courtes encore:
  • -->"reading lessons must be short; ten minutes or a quarter of an hour of fixed attention is enough for children of the ages we have in view" (les leçons de lecture doivent être courtes; 10 à 15 minutes de concentration sont suffisantes pour des enfants de cet âge)
L'âge en question est celui où l'on apprend généralement à lire, à savoir aux alentours de 6 ans... Pour un enfant plus jeune, on peut considérer que 10 minutes sont déjà satisfaisantes.
De même, l'apprentissage de l'écriture doit être bref:
  • -->"Let the writing lesson be short; it should not last more than five or ten minutes." (que les leçon d'écriture soient courtes; elles ne devraient pas durer plus de 5 à 10 minutes)

Ces conseils valent pour des enfants en âge d'apprentissages. Mais pour les plus vieux? Jetons un oeil cette fois dans le dernier volume de Mason, Towards a Philosophy of Education, il y est question d'enfants plus âgés, plutôt vers les 9 ans et plus. Là encore, l'accent est mis sur les leçons courtes:
  • -->"we have short hours and no evening preparation" (les heures sont courtes et il n'y a pas de préparation du soir)
MAIS... ça reste vague, à aucun moment elle ne précise exactement ce qu'elle entend par là! Court comme les plus petits? Il semble parfois difficile de boucler une leçon ou un exercice  de ce niveau en 5/10 minutes...
Que dit AmblesideOnline?
Ce site, si vous ne le connaissez pas encore, est un peu la bible de la bonne parole sauce Charlotte Mason, une référence incontournable. On peut y découvrir un exemplaire d'un emploi du temps Mason de 1908 (version pdf ici). Le problème (encore), c'est qu'on ne sait pas si cet emploi du temps est vraiment typique de ce qui se faisait partout et en d'autres temps, mais on peut supposer qu'il était assez proche des préceptes de Charlotte Mason. Et donc, qu'est-ce qu'on y apprend?
Déjà, remarquez que le planning s'étend sur 6 jours (du lundi au samedi).
  • Pour les plus jeunes (tableau 1 = moins de 8ans): les leçons varient entre 10 et 20 minutes.
  • Tableau 2 (=9/11ans): on voit qu'il y a désormais plusieurs leçons de 30 minutes (Arithmétiques, Anglais, Dictée, Plutarque, Latin, Français...)
  • Tableau 3 (notre niveau collège) : dans les deux dernières rangées, les leçons vont jusqu'à 45 minutes (de 11h30 à 12h15 puis de 12h15 à 13h00)
  • Le tableau 4, enfin, correspond aux "High School" (équivalent du lycée chez nous): plus de leçons de 10 minutes du tout. Cette fois les cours de 30 à 45 minutes sont la norme (ce qui reste plus court qu'un cours de lycée en France, malgré tout).
Que peut-on en conclure?
La longueur des leçons varie avec l'âge. L'intérêt, selon Charlotte Mason, de les faire courte chez les plus jeunes est de les entrainer à se concentrer. Mieux vaut maintenir une attention forte pendant un laps de temps court, plutôt que de trainer en longueur car l'enfant prendra alors la mauvaise habitude de décrocher et rêvasser en cours de route: or, pour Mason, c'est sur les bonnes habitudes que l'on doit travailler avant tout pour être efficace. Pour que ces dernières soient et restent bonnes, il faut donc procéder à un entrainement progressif, en allongeant les durées des leçons au fur et à mesure que l'enfant grandit et est capable de maintenir sa concentration.
Donc: n'hésitons pas! Oui, 5 minutes d'écriture pour un petit sont déjà bien suffisantes. C'est un début, c'est un bon début.
A l'inverse, inutile de désespérer lorsque notre grand enfant n'arrive pas à boucler sa leçon dans le quart d'heure imparti: s'il lui faut plutôt 20, 30 ou 40 minutes, on peut les lui accorder: c'est normal, ça reste complètement dans l'esprit Mason! Et gardons en tête que ce planning est celui d'une école, ce qui représente une contrainte que nous n'avons pas en IEF: les horaires sont posés une bonne fois pour toutes pour tous les élèves, toute l'année. A la maison, nous avons l'occasion de nous adapter au mieux aux capacités et besoins de nos enfants.

Comprendre cela m'a, personnellement bien aidée. En effet, Mister 7ans est lent, vraiment très, très, TRÈS lent. Tellement de choses se bousculent en permanence dans sa tête qu'il perd vite le fil de ce qu'il doit faire. Longtemps, on a pensé qu'il lui fallait plus de temps pour faire les choses, et on allongeait encore et encore la durée de travail. Il était alors encore scolarisé, et les devoirs n'en finissaient plus, ça se terminait dans les larmes à parfois plus de 20h... Un cauchemar... Depuis que nous pratiquons les leçons courtes, les choses se passent plus en douceur: autant lui demander de se concentrer 40 minutes est surhumain, un quart d'heure est dans l'ordre du possible. Même s'il fait peu de choses, il connait la satisfaction d'arriver au bout d'une tâche sans crise et ça lui fait du bien: boostage d'égo assuré! Du coup, il n'y a plus de grimaces douloureuses lorsque je prononce les mots fatidiques "allez, au travail!". Merci Charlotte, de lui avoir rendu le goût de l'effort et du travail!

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